L'Institut Philippe-Pinel de Montréal, un établissement de santé

16 février 2017

 

Au cours des derniers mois, le Conseil d’administration de l’Institut a été témoin de la couverture médiatique d’événements et d’opinions des uns et des autres sur la véritable nature de l’Institut. Plus récemment, le Conseil recevait un avis du Conseil des infirmières et infirmiers (CII) qui manifeste son inquiétude quant à de possibles impacts sur la qualité des soins et de la recherche clinique et fondamentale à la suite d’une possible ambiguïté identitaire de l’Institut, perçu d’abord comme milieu d’intervention clinique pour les uns, ou comme milieu de détention pour d’autres.

Cette possible ambiguïté identitaire a toujours existé dans la culture organisationnelle de l’Institut.  Nous sommes historiquement issus du milieu de la détention et nous en conservons certaines caractéristiques, notamment dans l’organisation physique du milieu et les mesures de protection et de sécurité mis en place.  

Pourtant, dès sa création l’Institut, à travers ses énoncés de mission, s’est défini comme un hôpital, comme un établissement de santé, et cette identité s’est maintenue tout au long, à travers le temps. À sa dernière réunion, qui s’est tenue le 15 février dernier, le Conseil a d’ailleurs réitéré l’énoncé de mission adopté en 2008, et réaffirme fermement encore l’exclusive identité de l’Institut à titre d’hôpital universitaire affilié, au service de personnes violentes et d’autres présentant un risque élevé de comportements violents.

Pour clarifier toute ambiguïté perçue, nous rappelons qu’il ne faut pas confondre ici la finalité de l’Institut et les moyens mis en place pour y arriver. Les caractéristiques mêmes de la population souffrante que nous desservons requièrent la mise en place de différentes mesures de protection et de contrôle nécessaires à la création d’un milieu qui permet l’élaboration et l’utilisation clinique d’une relation d’aide et le traitement.

La grande majorité des personnes qui requièrent nos services ont un statut de détenu ou de prévenu lorsqu’ils nous sont référés. C’est pour leur permettre d’avoir accès à des soins et des services de santé que nous exerçons alors, par délégation, un mandat de détention avec les charges, devoirs et pouvoirs inhérents. Nous avons toujours tenté d’exercer ce mandat avec humanisme et respect, condition essentielle à la création d’un lien thérapeutique.

Nous réitérons, au-delà les obligations qui nous sont faites en vertu des mandats de détention, que toute mesure de protection, de contrôle ou de restriction de liberté mise en place pour un patient donné ou pour l’ensemble de la population desservie par notre établissement ne se justifie que par sa pertinence à assurer d’abord au patient lui-même sa propre sécurité et son cheminement. Ces mesures doivent aussi garantir aux intervenants qui partagent le quotidien des patients un cadre sécurisant, dans une gestion des risques éprouvée par la compréhension des dynamiques cliniques.

Ce n’est qu’à ces conditions que peut être mise en place une relation d’aide réelle entre des personnes souffrantes, au potentiel de violence élevé, et des cliniciens qui prennent le risque de les accompagner dans une démarche clinique. La restriction des libertés dans ce contexte, loin d’être la finalité de notre mandat, n’en est au contraire qu’une condition préalable, un moyen de mise en relation.  

Le Conseil d’administration tient donc encore ici à réaffirmer la mission de l’Institut à titre d’établissement de santé, dans la continuité des positions prises au fil du temps depuis sa création par ses différentes instances formelles. En suivi de nos interventions, notre objectif est de retourner les patients en société en toute sécurité, et ce, afin de leur permettre de retourner exercer leur pleine citoyenneté. 

Nous sommes conscients que cette position de principe, en elle-même, ne règle pas les aspects techniques et opérationnels dans son application. Des travaux en ce sens demeurent à faire et seront poursuivis dans le cadre de la présente orientation.

 

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André Brunelle
Président du conseil d'administration de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal
Pour le conseil d’administration

Renée Fugère, M.D. FRCP fondateur psychiatrie légale
Présidente-directrice générale de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal
Pour le comité de direction

 
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