A A A
Logo de Pinel
Menu

La santé mentale et la psychiatrie légale

Les problèmes de santé mentale sont assez présents dans la population générale au Canada, avec environ 1 personne sur 3 qui sera affectée au cours de sa vie. Par contre, parmi ces gens, très peu finiront par commettre un délit ou un acte violent. Certains problèmes de santé mentale sont plus associés à ce type d’actions, tels les troubles de l’humeur, spécifiquement les troubles bipolaires (anciennement trouble maniaco-dépressif), ainsi que les troubles psychotiques (par exemple, la schizophrénie). En effet, ces troubles sont souvent caractérisés par une perte de contact avec la réalité qui peut se manifester par des délires (avoir des croyances qui ne cadrent pas avec la réalité, comme par exemple penser que le gouvernement nous espionne) et des hallucinations (entendre ou voir des choses que les autres n’entendent pas, comme des voix), ainsi qu’une humeur perturbée (surexcitation ou dépression). Ces symptômes font en sorte que la personne a de la difficulté à distinguer la réalité de l’imaginaire et pourrait donc poser des gestes inhabituels ou dangereux en réponse à ses croyances erronées.

Les troubles psychotiques et les troubles bipolaires sont d’ailleurs les deux types de diagnostics les plus souvent rencontrés en psychiatrie légale (respectivement 66% et 28% contre 1% chacun dans la population générale). Le problème de santé mentale n’explique pas à lui seul le passage à l’acte qui a mené vers un geste violent. Les personnes aux prises avec un problème de santé mentale qui sont dans le système de psychiatrie légale ont souvent d’autres problèmes connexes (qu’on appelle des troubles concomitants), tels un trouble d’utilisation de substance (toxicomanie) ou un trouble de la personnalité, par exemple le trouble de personnalité limite. En effet, la consommation de substances peut déclencher un épisode ou aggraver les symptômes des troubles mentaux, ainsi que diminuer les inhibitions et le contrôle de soi. Les troubles de la personnalité, tels que trouble de la personnalité limite et le trouble de la personnalité antisociale, quant à eux, sont caractérisés par une plus grande impulsivité, une plus grande réactivité émotionnelle ainsi que plus de difficultés interpersonnelles qui peuvent contribuer à des comportements violents. Les personnes en psychiatrie légale sont souvent aux prises avec de multiples difficultés psychosociales (itinérance ou instabilité résidentielle, pauvreté, difficulté à maintenir des relations sociales, victime de violence et d’abus dans le passé) qui peuvent également contribuer à la problématique. La plupart des gestes violents ne sont pas posés par des personnes atteintes de troubles mentaux.  Lorsqu’ils le sont, ils se produisent souvent dans une période où la personne ne prend pas sa médication, consomme ou est soumise à des stresseurs importants. Une personne atteinte de troubles de l’humeur, de troubles bipolaires ou de troubles psychotiques qui prend bien sa médication, ne consomme pas et n’a pas de traits de personnalité antisociale n’est, en général, pas plus à risque de poser un geste violent que toute autre personne qui ne souffre pas de tels troubles mentaux.

Les premières victimes sont souvent les proches de la personne souffrant d’un problème de santé mentale, comme la famille ou les intervenants. Ceci s’explique, non pas par une faiblesse de la part des proches, mais bien parce qu’ils représentent souvent le filet social de la personne malade et sont présents durant les moments difficiles. La famille représente donc souvent une composante importante dans la réintégration sociale du patient, que ce soit dans la gestion d’un deuil ou bien la reconstruction d’un lien brisé. Ce processus de réintégration peut être difficile pour le patient mais également pour ses proches. Il existe des ressources pour aider à comprendre les problèmes de santé mentale pour les personnes touchées et les proches, ainsi que des informations pour aider les patients et leur proches à en savoir davantage sur la psychiatrie légale.

 

Des ressources sont disponibles, informez-vous.

Références

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5) (5th ed.). Washington, DC: American Psychiatric Association.

Crocker, A. G., Nicholls, T. L., Seto, M. C., Charette, Y., Côté, G., & Caulet, M. (2015). The National Trajectory Project of individuals found not criminally responsible on account of mental disorder in Canada. Part 2: The people behind the label. The Canadian Journal of Psychiatry, 60(3), 106-116.

Hiday, V. A., & Wales, H. W. (2011). The criminalization of mental illness. In E. R. Vingilis & S. A. State (Eds.), Applied research and evaluation in community mental health services. An update of key research domains. McGill-Queen’s University Press.

Fazel, S., Gulati, G., Linsell, L., Geddes, J. R., & Grann, M. (2009). Schizophrenia and violence: Systematic review and meta-analysis. Public Library of Science Medicine, 6(8), e1000120. doi:10.1371/journal.pmed.1000120

Moran, P., Walsh, E., Tyrer, P., Burns, T. O. M., Creed, F., & Fahy, T. O. M. (2003). Impact of comorbid personality disorder on violence in psychosis: report from the UK700 trial. The British Journal of Psychiatry, 182(2), 129-134.

Penney, S. R., Morgan, A., & Simpson, A. I. (2016). Assessing illness- and non-illness based motivations for violence in persons with major mental illness. Law and Human Behavior, 40(1), 42-49. doi:10.1037/lhb0000155